

LE PAYS D AVANT
Carnet de voyage poétique
PRINTEMPS
2004
LE PAYS D AVANT
Présentation
Il
y a huit ans, j’ai pris cet avion pour découvrir ce «pays
d’avant», celui de mes parents, de mes ancêtres. Mes parents,
séparément, mon père venu du nord et ma mère du
sud avaient pris le billet aller il y a plus d’un demi-siècle
et moi,le retour improbable. Des montagnes vertes, des rizières à
travers le hublot et cette chaleur humide et chaude, les bruits de la ville
et de la vie qui enveloppent ceux qui viennent à peine d’arriver.
Du nord au sud, des montagnes embrumées près de la frontière
chinoise jusqu’au delta du Mékong et à la frontière
avec le Cambodge, j’ai parcouru ce pays qui était mien ou du
moins qui le devenait peu à peu, au fil des kilomètres, en minibus
sur les routes encombrées et poussiéreuses ou dans les trains
bondés. Au centre, le Fleuve des Parfums coule paresseusement le long
des palais et des tombeaux des empereurs défunts et semble diviser
ce pays jadis déchiré dont je ne voyais que des images de guerre
à la télévision, au milieu des cris et des hurlements
des bombes, quand j’étais enfant, à l’abri et loin
de tous les ravages.
A chaque retour (mais d’où suis-je
vraiment partie?) j’ai réappris la langue aux accents et aux
vocables divers, j’ai redécouvert les bruits, les odeurs, j’ai
récupéré les souvenirs familiaux égrenés
au coin des rues dans les villes métamorphosées, entre deux
chansons. J’ai écrit très vite, sur place ou à
Paris les impressions, noté les images avec des rythmes et des sons
dans la tête, comme un carnet de voyage poétique, dans la discontinuité
des lieux, des moments et des humeurs. J’ai capté l’instant,
les sensations, les sentiments dans les bulles des mots, autour de quelques
noms-paysages, faits de lacs, de rizières, de montagnes, de vagues
tièdes et de routes entrecroisées : Hanoi, Saigon, Huê,
Sadec, Dalat. Voici en vrac la mémoire éparpillée de
mes voyages...
Thanh-Van Ton-That